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Sauver les banques ou couvrir un système absurde ?

samedi 20 décembre 2008, par Jean-Marie Harribey

Décidément, la crise est une bonne école pour comprendre comment l’économie marche. Beaucoup s’étonnaient ces derniers mois quand nous étions quelques-uns à dire qu’il fallait rester prudent devant l’annonce des pertes des banques et autres institutions spéculatrices : les 4,9 milliards d’euros de pertes de la Société générale par ci, les 751 millions des Caisses d’épargne par là devaient être regardés avec circonspection. Même étonnement quand on évoquait Marx et Keynes qui avaient parfaitement compris la nature fictive de la capitalisation boursière et donc que le krach boursier ne faisait s’évanouir que la fiction et non pas une richesse réelle.

Avec l’approfondissement de la crise, ce sont les banquiers eux-mêmes qui se lâchent et finissent par reconnaître ce que, bien sûr, pas un livre de théorie financière ni aucun livre d’économie bien-pensant n’envisage. Ainsi, une semaine après que la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a annoncé avoir subi des pertes en 2008, Augustin de Romanet, son directeur général, déclare dans un entretien au Monde (19 décembre 2008) : « Nos résultats sont bons. Ils traduisent une bonne gestion et des choix pertinents. Mais, à cause des règles comptables, la baisse de la Bourse – notamment celle de l’action Dexia – devrait affecter nos comptes alors même que nous n’avons pas vendu nos titres. »

Cette phrase devrait figurer en tête de tous les cours de finance savante enseignée dans toutes les universités et grandes écoles pépinières de spéculateurs qui ne savent pas ce qu’ils font. Comment le sauraient-ils puisque les normes comptables inventées pour faire apparaître plus de profit qu’il ne peut en exister sont absurdes ? Je me trompe, ce ne sont pas les normes qui sont absurdes, c’est le système qu’elles servent.

7 Messages de forum

  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 21 décembre 2008 à 12:33 , par Louis Gervais

    Si ce que vous dites est vrai, cela ne renforce-t-il pas l’idée de conditionner impérativement l’aide aux banques à des contreparties draconniennes, et peut-être même de remplacer l’aide aux banquiers par une aide aux victimes des banquiers : les ménages ayant perdu leur logement ou bien les ménages surendettés dont on annulerait la dette ? Car si on rachète les produits de spéculation véreux des banques, on peut bien annuler la dette des pauvres.

    Louis Gervais

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  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 21 décembre 2008 à 15:31 , par JeanNimes

    @ Louis Gervais

    Vous avez raison, évidemment !

    Mais cette crise court parce que justement ni Bush, ni Sarkozy, ni les autres, ne peuvent accepter l’idée de laisser leur maison aux pauvres "gratuitement" !

    En revanche céder au chantage des spéculateurs-banquiers ne pose aucun problème moral : du point de vue des capitalistes, ce sont eux les capitalistes qui "donnent du travail" aux pauvres... à conditions qu’eux, les capitalistes, soient encore riches !

    Alors si l’on ne veut pas que les pauvres soient encore plus pauvres, il faut que les riches soient encore plus riches. Magique, n’est-ce pas !

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  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 21 décembre 2008 à 16:02 , par JeanNimes

    Quand les normes comptables IFRS (établies par un consortium privé et payantes si on veut les avoir, le texte anglais seul faisant foi devant les tribunaux du monde entier) ont été construites sans plan rationnel (leur numérotation hésite entre l’encyclopédie chinoise chère à Borgès et l’ordre chronologique de validation !), des comptables, des assurreurs, des capitalistes même ont dit très haut (cf. les articles de l’époque dans la Tribune et Les Echos) que cette manière d’évaluer la valeur d’une entreprise au prix du marché du jour était au mieux absurde au pire catastrophique.

    La réalité leur a donné raison, puisque c’est l’enclenchement de la catastrophe qu’elles ont produit. Sarkozy est venu nous dire "A partir du 1er octobre 2008, les entreprises n’évalueront pas leur bilan selon les prix du marché."

    Donc ce que dit le directeur de la CDC est curieux ! Normalement ses actions Dexia devraient être prises à leur valeur d’achat... (C’était jusqu’au 1/1/06 le mode de calcul normal.) Il n’a peut-être pas entendu dans le flot des paroles de Sarkozy cette décision ou bien cette décision, non validée par la Commission européenne, est tombée dans l’oubli.

    Ce qui augurerait donc une glissade catastrophique au moment de la publication des bilans de 2008. Le démarrage de 2009 va être alors négatif pour tout le monde (-40 % de pertes sur les portefeuilles boursiers avec les répercussions en cascade les uns sur les autres, l’action de ton entreprise que mon entreprise possède vaut moins, mon entreprise qui détient ton action vaut donc moins, ton entreprise qui détient mon action qui vaut moins, vaut moins à son tour, and so on !).

    La dégringolade va profiter à ceux qui auront des liquidités pour racheter des entreprises dont les prix sont au tapis... c’est ce qui a déjà commencé dans les banques, qui va suivre dans l’automobile, les équipementiers, etc. Le but du jeu est de rester le dernier debout avec des liasses de billets à la main.

    Voilà une des voies par lesquelles les néolibéraux européens se sont calqués sur ceux des Etats-Unis et nous ont embarqués dans une spirale descendante infernale, dont aucun ne possède le moyen de la bloquer, ou en tout cas ne veut utiliser ceux qu’il faudrait mettre en œuvre pour la bloquer : nationalisation sans indemnité des banques et assurances, extension des retraites par répartition à tout le monde, sécurité sociale 100 %, service public du logement, développement de l’éducation, de la formation, de la recherche et de tous les services publics à tous les échelons territoriaux... et surtout donner le droit à la BCE d’autoriser des tirages spéciaux (monnaie et crédits bancaires) par les états, sans intérêt, en fonction de leurs besoins, enfin éteindre les dettes publiques immédiatement en arrêtant les remboursements qui dépassent un certain taux du crédit de base (nous n’avons pas à rembourser 4, 5 ou 8 fois le crédit initial, comme le FMI et la Banque mondiale ont obligé les pays africains à le faire).

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  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 22 décembre 2008 à 10:16 , par Merry Criseman

    Parce que présenter ses voeux est aujourd’hui tout autant de rigueur que la crise... Le FMI et la Banque Mondiale en profitent pour nous adresser les leurs !

    http://www.youtube.com/watch?v=ACKi... http://www.dailymotion.com/video/x7...

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  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 22 décembre 2008 à 10:56 , par djilali

    Très rarement pareil contexte n’aura été aussi favorable pour dénoncer, preuve à l’appui, les folies suicidaires du dysfonctionnement du système capitaliste. Très nombreuses sont les analyses pertinentes sur la capacité avérée du capitalisme à s’adapter, à se rénover, à renaître de ces cendres et à repartir de plus belle, pour de nouvelles phases de son évolution, menant l’humanité à son anéantissement annoncé, crise écologique oblige ! Un déficit navrant persiste quant à la capacité des intellectuels, de ces femmes et de ces hommes responsables, capables de se démarquer et d’appeler avec clarté que l’heure de tourner la page du capitalisme est arrivée et qu’un autre système est possible pour construire un autre monde, avec de nouvelles institutions, de nouvelles règles vérifiables et sanctionnables de conduite politique, écologique, économique et sociale. Pourquoi diable cette fausse honte, cette lâcheté, à reconnaître que le moment historique est là pour mettre en place un un processus commençant par la mise en place faisable, d’un système financier mondial avec la monnaie et le crédit comme bien public mondial. Cela aura l’avantage, entre autres, de résoudre immédiatement et durablement la problématique des paradis fiscaux et zones franches ou enfers sociaux, existants ou envisageables. Pour donner l’exemple au plan national français et européen, cela passe par le soutien à la mise en place de ce fameux pôle financier public et la nationalisation, socialisation pour être plus précis, des banques et établissements financiers responsables du cataclysme financier.

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  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 24 décembre 2008 à 10:53 , par Serge Cheminade

    Sauver les banques cela devrait être fait A mon avis ce sera "couvrir un système absurde" si aucune réforme n’est faite. Par contre si une réforme est faite ce ne sera pas le cas. Avec mes mots et mon analyse je propose une analyse entre richesse réelle et richesse virtuelle : http://www.orvinfait.fr/richesse_vi...

    Je propose également une solution pour la comptabilisation des actions : http://www.orvinfait.fr/empecher_la...

    Je ne suis pas professeur ;-) J’essaye à mon niveau de faire des propositions concrètes.

    Je ne pense pas que la crise actuelle signe rapidement la fin du capitalisme. Ceux qui affirment le contraire devraient être prudents car s’ils ont tord sur le tempo ils ne seront plus crédibles.

    Tous les licenciements actuels ne sont pas une conséquence de la crise financière. Il y a des entreprises rentables qui délocalisent pour gagner encore plus. Exemple : Molex. Produire dans les pays pauvres en pensant vendre dans les pays riches qui compteront de plus en plus en plus de chômeurs conduira aussi à des licenciements dans les pays pauvres car les pays riches s’appauvriront.

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  • Sauver les banques ou couvrir un système absurde ? Le 6 mars 2009 à 00:04 , par lioflo

    Non ce qui est absurde, c’est cet article où, manifestement, son auteur ne comprend pas grand chose au système qu’il veut dénoncer (et encore moins aux normes comptables IFRS). Je ne m’étendrais pas sur les raisons, ce serait prêcher dans le désert !

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