Accueil du site > Billets > Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt

Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt

mardi 31 mars 2009, par Claude Layalle

Les citoyens ne s’y font plus prendre : Encore faut-il que le doigt pointe dans la bonne direction. Pourquoi ces provocation d’entreprises distribuant primes et bonus et déployant parachutes dorés à chaque départ de PDG, provocations qui font scandale tandis que les média qui les ont ignoré si longtemps les placent à la une dans tous les journaux ?

Les crises depuis 1929 ne s’étaient jamais développées à un tel niveau marqué dans les esprits par la perte de confiance dans le système tout entier. Cette situation nouvelle impose aux oligarchies comme aux gouvernements libéraux, pour sauver le système, de changer de discours sinon d’objectifs, et de restaurer la confiance mise à mal en développant une stratégie de communication parfois déconcertante mais cohérente.

Toutes affaires cessantes, le gouvernement Sarkolandais prépare un décret anti bonus et stock options. De son côté, le Président des USA s’étrangle de fureur devant les bonus que AIG distribue à ses cadres et prend des mesures. Le G20 pourfendra la dérégulation et les paradis fiscaux « non coopératifs ».

On dénonce les avantages abusifs accordés aux cadres supérieurs des entreprises « en période de crise » et « dans les entreprises recevant des aides de l’état ». Ce serait donc légitime dans tous les autres cas ?

Les parachutes dorés : Un « parachute doré » ne se négocie pas au départ de son bénéficiaire mais à son arrivée dans l’entreprise : Le cadre coopté doit servir d’abord ses actionnaires, pas l’entreprise : Les cas sont fréquents de « PDG tueurs » mis en place pour liquider une entreprise, comme dans le cas de Mark et Spencer Paris fermé en 2001, fermeture annoncée à ses personnels par un fax, signé d’un PDG parti avec la grosse prime. Le décret en préparation, qui ne sera pas rétroactif, ne traitera pas des parachutes dorés : Les futurs patrons tueurs bénéficieront toujours d’une protection particulière pour prix de leur obéissance absolue aux intérêts du groupe, même si quelques temps on la rend plus discrète.

Les « Stock options » : Les actionnaires voient leur actif évoluer avec la valeur de l’action en bourse, qui dépend un peu de la santé de l’entreprise et beaucoup d’un environnement spéculatif : Priorité est donnée au retour/investissement sur la marche de l’entreprise et le sort de ses personnels : En achetant les salariés, et plus particulièrement les cadres supérieurs par des options d’actions qu’ils pourront négocier après un certain temps, on s’assure leur loyauté au but actionnarial de l’entreprise .

Les « bonus » aux traders : C’est la version moderne de la prime au rendement, celle qui naguère amenait certains ouvriers à débrancher les sécurités de leurs machines pour gagner sur le nombre de pièces produites. Elle est moins dangereuse pour le trader qui en bénéficie que pour l’ouvrier mais bien plus dangereuse pour l’économie, au seul bénéfice de l’établissement financier qui la pratique. En cas d’ « accident », l’état vient au secours : Il est peu probable que les établissements renoncent à cette rémunération au résultat qui leur attache le dévouement de tant de mercenaires de l’arnaque financière, même si l’état leur impose un temps quelques limitations.

Tandis que les entreprises détruisent les emplois à tour de bras pour restaurer leur taux de profit, la stratégie financière se redéploie sur une base plus multilatérale incluant plusieurs des nouveaux acteurs du G20 : Il est sans aucun doute utile et sage de détourner les yeux d’un doigt médiatique qui pointe vers quelques boucs émissaires pour observer, à la périphérie, comment le capitalisme de toujours va changer de peau avec toujours le même objectif d’asservir le monde aux lois iniques du marché, des paradis fiscaux rebaptisés et des lobbies toujours plus organisés.

4 Messages de forum

  • Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt Le 2 avril 2009 à 22:44 , par estebanane

    Encore un rôle essentiel à jouer ici pour Attac, en terme de pédagogie.

    Actuellement, les tenants du discours officiel tentent de redorer leur image en "chargeant" les paradis fiscaux et les détenteurs de stock-options ou/et parachutes dorés. De fait, personne n’est dupe puisque ce sont les mêmes qui, hier encore, défendaient ces infamies.

    Personne ne tombe dans leur piège, donc, mais peu de gens sont capables d’expliciter la stratégie qui préside à cette communication de crise : on sent tous que cela sonne faux, lorsqu’ils tentent d’emprunter un discours critique envers ce qu’ils ont toujours défendu ... Longue vie à Attac, donc, et plus généralement à des modes de vie basés sur autre chose qu’une croissance économique et un consumérisme aveugles.

    Répondre à ce message

    • Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt Le 6 avril 2009 à 12:24 , par Dorisong

      Bonjour,

      Encourageant de se sentir en phase avec d’autres esprits, étrangers à l’avidité mortelle de cette époque où la guerre est déclarée sur tous les tableaux. Violent rapport de force dont la racine est renforcée sans cesse. Les puissants ont peur de perdre et ils essaiment dans l’omertà.

      Guerre donc et guerre d’usure la bien nommée.

      Cependant que de plus en plus d’êtres humains, en Europe également, vivent sur la crête de la précarité. C’est-à-dire la mort sociale et physique dont on parle si peu.

      Une stratégie entre autres, le faux pour diviser et gagner les esprits confus pour agir sur les prochaines élections comme un jeu de dominos. Du court terme permanent. Que vive l’instabilité et surtout que les forces de "gauche" en transit vers des classes sociales montantes poursuivent leur intégration au capitalisme ultra prédateur. Pas assez de clarté depuis des lustres, même chez les "opposants".

      Répondre à ce message

  • Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt Le 8 avril 2009 à 11:56 , par Micknissart

    Il y a un flou (je suppose volontairement) entretenu tout le long de cet article. A aucun moment, il n’y a de critique des bonus&autres relative à une prétendue inefficacité, mais uniquement pour leur caractère incitatif.

    Du coup, j’ai du mal à comprendre, sur cette seule base, si l’immoralité supposée de ce système est portée par la nature même des différents métiers visés ou par la démarche consistant à inciter le salarié à obtenir le résultat (ce qui ne constitue qu’une forme de contrôle à posteriori).

    Répondre à ce message

    • Quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt Le 13 avril 2009 à 14:09 , par Claude Layalle

      y a-t-il vraiment un flou ? Tout système a besoin de servants pour fonctionner et on les paie, de la façon assurant le meilleur rapport qualité prix et le meilleur taux d’obédience, fonction de l’objectif recherché : Quoi d’autre ?

      Je ne porte surtout pas un jugement moral, encore moins d’appréciation sur une efficacité par rapport à des critères qui ne sont pas les miens : Ce sont précisément ces critères qu’il faut combattre .

      Claude Layalle

      Répondre à ce message

Répondre à cet article