On le lit partout, la crise touche « l’économie réelle ». Mais vu d’en bas,
elle touche surtout le dernier maillon de la chaîne : les salariés. Dans le
cas présent, j’en fait parti en tant qu’informaticien d’une entreprise
allemande de 80 salarié-es. Les clients -des organismes publics- ont des
budgets gelés, le bilan n’est pas à la hauteur et doit être « arrangé » pour
que la banque ne retire pas son prêt. Le tour de magie pour obtenir un
résultat positif : le renoncement de tou-tes au salaire de décembre. Mais
c’est pour la bonne cause : les patrons sauvent les emplois, ils en appellent à la « solidarité » de tou-tes les salarié-es...
Au premier abord, cette demande de nos quatre patrons à leurs salariées peut sembler être l’illustration la plus caricaturale de l’exploitation des travailleurs par le patronat. Mais dans le cas de cette entreprise où les patrons sont aussi les fondateurs/actionnaires majoritaires et où ceux-ci se payent moins que certain-es salarié-es et travaillent vraiment tous les jours, le problème se déplace un petit peu, et la lutte de classe prend une ampleur plus complexe à polariser. Les salariés aquiècent.
En Allemagne, le paquet fédéral pour le sauvetage des banques a été à hauteur de 470 Milliards. Ça fait 10787€/habitant actif. Sur le papier, j’ai donc déjà donné 6 mois de salaire aux banques pour « rassurer les marchés ». Pas de bol, on me demande à nouveau d’en payer un, où plutôt d’en travailler un gratuitement, et pourquoi ? Pour rassurer une banque sur la solvabilité de « notre entreprise ».
Photo : designwallah Flickr