Certes, l’INSEE prend la précaution de préciser que « cette valeur inclut les plus ou moins-values latentes relatives à chaque catégories d’actifs » et que, en termes réels, le patrimoine national a simplement doublé en trente ans. Mais il n’est pas un seul commentateur pour expliquer que la quantité d’immeubles et de terrains ne varie pas quotidiennement en fonction de leur prix. Et donc que les Français ne sont ni plus ni moins « riches » avant ou après le krach. Personne non plus pour relever que les autres actifs, financiers ceux-là, ne sont que du capital fictif tant qu’ils ne sont pas liquidés.
Cette manière de comptabiliser la richesse en fonction des valeurs de marché est symptomatique du capitalisme, de sa financiarisation et finalement de sa crise. Elle est la décalque de l’introduction des nouvelles normes comptables dans les grandes entreprises et les banques.
Autrement dit, établir une statistique de la richesse nationale (considérée sous l’angle du patrimoine, c’est-à-dire d’un stock accumulé) sur la base d’une fiction est le comble de l’absurdité : si tous les ménages voulaient liquider en même temps leurs immeubles, leurs terrains, leurs actions…, si toutes les entreprises et les administrations voulaient faire de même, que vaudrait tout cela sur le marché ?
Il est devenu fréquent de critiquer l’indicateur de la richesse considérée sous l’angle du flux annuel du PIB, mais au moins la variation annuelle du PIB est mesurée en volume [1]. Ici, le volume réel est remisé au second plan pour mettre en pleine lumière une pure fiction. D’ailleurs, dans la citation ci-dessus, c’est l’utilisation du mot « latentes » dans « plus ou moins-values latentes » qui constitue l’aveu de la vacuité de la mesure. Nous sommes toujours dans le problème plusieurs fois analysé sur ce blog : la théorie économique dominante vaut zéro pour comprendre ce qu’est richesse et c’est la crise financière qui nous le démontre.
Photo : lappartamentonuovo Flickr

3 Messages de forum