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Le carburant de la confiance

mercredi 17 décembre 2008, par Jacques Cossart

Le quotidien suisse Le Temps rappelait ce 16 décembre, la métaphore du parc de voitures d’occasion dans lequel il y a quelques véhicules défectueux ; elle était employée par Georges Akerlof pour montrer que, sans confiance, le marché ne fonctionne pas ! Akerlof avait, en 2001, partagé le "Nobel d’économie avec Stiglitz et Spence.

Il est évident que la succession de scandales qui, année après année, scande le fonctionnement de ce système, entame la confiance que les thuriféraires du capitalisme voudraient voir mise en lui.

Mais n’y aurait-il donc que quelques mauvais véhicules qui, une fois éliminés, auraient assaini définitivement le marché ? Smith nous avait pourtant bien prévenus, il y a plus de deux siècles, qu’il se fichait comme d’une guigne que son boucher soit "bienveillant" à son égard. Il affirmait que ce qu’il voulait, était que son boucher veille à ses intérêts, à lui le boucher, comme à la prunelle de ses yeux et qu’ainsi il protégerait, au mieux, les siens, à lui Smith.

Comment croire une seconde à ces calembredaines ? N’ont-ils pas veillé, avec beaucoup d’acharnement, à leurs intérêts tous ces Madoff, tous ces banquiers en s’autorisant des vitesses de 500 km à l’heure sur des chemins de campagne, tous ces gérants de hedge funds distribuant des revenus avec des méthodes qui, officiellement, n’avaient rien à voir avec de vulgaires martingales de casino, bref, tous ces propriétaires de capital qui ont pour objectif unique d’accroître sans fin les "rendement" de celui-ci ?

Toute l’histoire montre que, de bonne ou de mauvaise foi, Smith s’est lourdement trompé. Sans autres régulation que celles des marchés, l’économie mondiale ne sera qu’un vaste parc de voitures plus pourries les unes que les autres.

Que faudrait-il donc pour le prouver ? Quadrupler le nombre quotidien de morts de faim pour arriver à 100 000 êtres humains ? Émettre enfin, chaque année, dans l’atmosphère 500 ppm [1] de gaz carbonique ?

Comme s’écriait, l’autre nuit, Dominique Strauss Kahn "mais que fait la police ?". Il est vrai que l’on voit mal ce que pourrait bien faire le directeur général du FMI en pleine crise financière ? Quel aveu !

Photo : mercuryvapour Flickr

Notes

[1] Mesure de concentration en volume. La concentration est exprimée en Parties par million, par exemple un cm3 de la substance par million de cm3 d’eau.

4 Messages de forum

  • Le carburant de la confiance Le 17 décembre 2008 à 14:26 , par Pratick’o

    Smith ne s’est pas forcément trompé, seulement quand le sage montre la lune il ne faut pas regarder le doigt. l’interet de chacun reste à définir : est il à long terme ou à court terme ? Par quels autres interets passe le mien ?.... Si mon interet me semble être d’aller très vite, est il réellement favorable si j’augmente mon risque d’accident, de panne, d’usure précoce ? D’où doit venir la régulation ? D’une contrainte ou d’une prise de conscience et d’une réflexion large et approfondie ? A notre époque de spécialisation et de raccourcis.

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    • Le carburant de la confiance Le 17 décembre 2008 à 14:39 , par Cossart

      Pour continuer sur l’exemple que vous choisissez, sans doute ne fait-il écarter aucune des 2 voies indiquées. La participation volontaire qui va avec la formation adéquate, me paraît tout aussi utile que salutaire. Pour autant, il me paraîtrait totalement illusoire, donc déraisonnable, de n’avoir pas recours à la "contrainte". Le système bancaire a obtenu que ce soit lui-même qui fasse sa propre "régulation" ; on sait ce qu’il est advenu !

      Jacques Cossart

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  • Le carburant de la confiance Le 17 décembre 2008 à 15:18 , par Claude

    Il me semble que tout cela tourne autour d’une certaine conception de la liberté et de la démocratie.

    L’escroquerie du néolibéralisme est de nous faire croire que chaque humain doit être libre et sans contrainte comme s’il était seul sur une ile déserte, sans interaction avec quiconque dont il ait à se soucier.

    Le seul concept de société implique que le boulanger fasse du pain pour la collectivité, que le boucher lui fournisse la viande et que le facteur véhicule le courrier que le boucher, le boulanger et tous les autres peuvent avoir à échanger d’un bout à l’autre de la ville.

    Le paradoxe est que Smith n’a raison que si son raisonnement s’applique dans une société à la liberté socialisée qui impose à tous les citoyens, le boucher compris, des règles d’interaction telles que l’intérêt du boucher soit de satisfaire son client qu’il l’aime ou qu’il ne l’aime pas : autrement dit si Smith abandonne sa conception du libéralisme.

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  • Le carburant de la confiance Le 17 décembre 2008 à 19:58

    Je ne suis pas assez calé pour vous parler de Smith...Mais si l’on attend des classes "supérieures" (! !) une prise de conscience pour un partage des revenus équitable (c’est quoi "équitable" ??) et pour la sauvegarde de la planète, les pauvres peuvent toujours attendre et nous (ou nos enfants ou petits-enfants ) crèveront sur cette planète que nous n’aurons pas su garder. Donc, il faudra bien les contraindre pour leur faire prendre conscience...

    Michel

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