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Le capitalisme aux abois1 : trouver des coupables parfaits ?

lundi 20 octobre 2008, par Claude Serfati

En même temps que les gouvernements des pays développés sont engagés dans des plans de sauvetage de plus de 2000 milliards de dollars qui sont destinés à sauver les banques qui ont spéculé, les discours se multiplient pour déclarer la guerre …à la spéculation.

Les Hedge funds (appelés fonds d’arbitrage ou fonds spéculatifs) semblent les coupables tous désignés. Et pour cause : les gouvernements ont de fait refusé toute mesure sérieuse de contrôle réglementaire, y compris après la faillite du premier Hedge Funds américain (LTCM) en 1998. Ce sont les ‘vilains’ de la crise financière.

Certes, ils sont à la recherche de rendements élevés et rapides. Mais peuvent-ils à eux seuls expliquer les dérèglements actuels ? A la fin 2007, au plan mondial, les actifs financiers gérés par les Hedge funds atteignaient 2300 milliards de dollars, mais ceux gérés par les fonds de pension s’élevaient à 28000 milliards de dollars, soit 12 fois plus.

Or, aujourd’hui, 20% des fonds de pension Européens, 20% des fonds de pension américains et 40% des fonds de pension Japonais investissent dans les Hedge Funds. L’argent des salariés a donc également été confié aux Hedge funds. Un des effets de la globalisation financière est d’avoir multiplié les passerelles entre les différents types d’institutions financières, banques et non-banques (en particulier grâce à la ‘titrisation’), et entre les fonds d’investissements ‘conventionnels’ (fonds de pension, fonds mutuels et compagnies d’assurances)et les fonds d’investissements ‘alternatifs’ (fonds souverains, hedge funds, private equity) .

Au fait : le Sénat américain a procédé en mai 2008, à des auditions pour comprendre à quel point les investisseurs financiers, en particulier les fonds de pension, ont été impliqués dans la hausse des prix du pétrole et des autres matières premières qui ont provoqué des conséquences tragiques, y compris des ‘émeutes de la faim’ dans 35 pays. Le 18 juin 2008, le PDG de la bourse de New York a déclaré que « les fonds de pension ont investi le marché des matières premières et qu’ils portaient une responsabilité dans la flambée des prix des matières premières ».

Et pendant que le gouvernement attire l’attention sur les ‘vilains’ fonds spéculatifs, il encourage le développement de ‘fonds de pension à la française’ (sous des prête-noms tels que l’épargne salariale) moyennant de nombreux avantages fiscaux.


1. Titre d’un article de The Economist du 16 octobre 2008

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