Accueil du site > Billets > Le Président Sarkozy, apprenti économiste

Le Président Sarkozy, apprenti économiste

vendredi 6 février 2009, par Jean-Marie Harribey

Le Président Sarkozy a de l’avenir chez les économistes dominants. Sur plusieurs sujets il a montré sa parfaite incompréhension des linéaments de l’économie politique et au contraire sa capacité à se couler dans le moule de l’idéologie régnante, et donc à faire lui-même de l’idéologie.

Il veut supprimer la taxe professionnelle parce qu’elle "repose sur la production". Et il veut la remplacer par une taxe sur le carbone. Admettons. Et sur quoi est prélevée toute taxe sinon sur la production ? Sarkozy confond le support de toute taxe avec l’assiette qui lui sert de calcul.

Il veut s’intéresser aux "classes moyennes", c’est-à-dire à ceux qui gagnent le SMIC ou juste un petit peu plus que le SMIC. Si même les smicards sont considérés comme "moyens", cela en dit long sur la dégradation considérable de la condition salariale !

Il veut poursuivre la diminution du nombre de fonctionnaires parce que ceux-ci sont une charge pour l’économie privée, la seule, selon lui, qui produit. A elle seule, cette affirmation constitue le joyau de l’idéologie régnante. Premièrement, elle considère que des "dépenses" d’enseignement sont des charges de fonctionnement, alors que par ailleurs on ne cesse de nous dire qu’il faut préparer une économie de la connaissance. Les chercheurs et les universitaires en grève apprécieront. Deuxièmement, Sarkozy ressort de son chapeau l’idée ressassée à l’infini selon laquelle les services non marchands ne sont pas de la richesse et que ceux qui travaillent à les fournir sont payés par prélèvement sur le fruit de l’activité marchande. Cette assertion est réfutable et les économistes critiques feraient bien de s’attaquer enfin de front à l’absurdité qu’elle constitue.

Le Président s’est livré une nouvelle fois à une charge contre la réduction du temps de travail qui "a accru le chômage". Sarkozy est mûr pour entrer dans la confrérie des économistes dominants, mais, comme historien, il est recalé. Comble du cynisme, il est favorable à la promotion du chômage partiel. C’est pas de la RTT, ça ? Et de la mauvaise façon !

Photo : cyrildrouot Flickr

14 Messages de forum

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 6 février 2009 à 11:02 , par Claude

    Merci Jean-Marie, que voilà une saine réaction ! Mais pourquoi l’avoir réservé à ce blog militant (qui certes en sera ravi) et ne pas en avoir fait une déclaration à la presse ? Ou est-ce fait ? L’un n’empèche certes pas l’autre : Il me semble que dans ce contexte nous avons besoin que des positions claires - et simplement exprimées- de l’association Attac viennent éclairer le débat , dans le contexte de la crise. Par ailleurs, ce texte ferait un bon tract national, qui "passerait bien".

    Claude Layalle

    Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 7 février 2009 à 09:39 , par Alain Le Vot, Maire honoraire de Magny les Hameaux (78)

    Sarkozy a aussi dit qu’il allait financer des dépenses sociales avec le bénéfice des prêts qu’il va accorder aux banques. Soit, si c’est vrai, mais je me pose dans ce cas une question : Avec quel argent va-t-il "prêter" aux banques ? Avec de l’argent emprunté ....aux banques ? et quels taux ? Et le bilan final de tout cela ? j’ai bien peur qu’il soit à l’avantage des banquiers ! Merci de me dire si je me trompe de raisonnement. Merci aussi pour votre démonstration dans cette article.

    Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 8 février 2009 à 14:47 , par ym

    Ce qui est peut-être insupportable à certains, c’est que le paiement par l’impôt est inéluctable , il n’y a pas de possibilité individuelle de s’y soustraire , contrairement au cycle privé où la vente vient "après" valider le financement et qu’il est donc possible pour le salarié de se désolidariser de l’orientation prise ? Toujours est-il que l’impôt ne serait pas cette chape de plomb dans l’imaginaire de certains et que la richesse créée prendrait toute son importance si il n’y avait pas le remboursement des intérêts.

    Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 9 février 2009 à 04:17 , par laloutre17

    Je fais un rêve...

    Que tous les gens qui en ont marre, en France, en Europe, et partout dans le monde, disent simplement "NON" ensemble, à l’occasion d’une journée mondiale solidaire.

    Cette idée, qu’ensemble, les gens peuvent changer le monde, est toujours vraie, mais faut-il encore une prise de conscience commune.

    Yes, we can...

    Répondre à ce message

    • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 9 février 2009 à 17:25 , par Manuel Rozals

      Je fais moi aussi un rêve, Le fait que ensemble, les gens peuvent changer le monde, tout le monde en a conscience. Mais est-ce que cette condition est suffisante ? Il faut bien d’autres conditions pour arriver à changer le monde, sinon, ce serait déjà fait.

      Répondre à ce message

      • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 10 février 2009 à 23:14 , par laloutre17

        Correctif : une prise de conscience collective est nécessaire mais non suffisante : elle doit s’accompagner d’un bon coup de pied au cul, à savoir lutter pour sa dignité, sa survie et au delà le vivre ensemble... A ce jour, les DOM fulminent, la métropole s’echauffe... Combien de temps faudra-t-il encore pour qu’un raz-le bol survienne parmi les gens qui n’arrivent plus à subsister dignement ? attendre que la classe moyenne boit la tasse, à son tour, face à des élites déboussolées ? Des solutions existent et le temps passe. A nous de choisir, dans tous les cas...

        La loutre crise

        Répondre à ce message

    • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 15 février 2009 à 12:38 , par adespe

      OUI et j espere que nous y viendront,le web peut nous y aider ! VIVE LE WEB !

      Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 9 février 2009 à 15:07

    On peut même aller plus loin dans l’analyse (ou au moins le constat) de cette soirée de communication de l’Elysée :

    1 - ce n’était pas une interview du président de la république française mais une tribune pour Sarko le libéral, Sarko l’UMP etc

    2- Plus grave encore, les "journalistes" pseudo interviewers eux aussi ont "la capacité de se couler dans le moule de l’idéologie régnante".

    - Aucun interviewer n’a réagi au danger de la suppression de la taxe professionnelle pour les finances des communes : ils se sont contentés de la réponse de Sarkozy sur la taxe carbone.
    - Aucun n’a posé de question sur la Guadeloupe en grève générale depuis plusieurs semaines. La Guadeloupe c’est la France quand même !!
    - Aucun n’a insisté ou tiqué sur Arcelor-Mittal et Gandrange et le propos de Sarkozy "ce n’est qu’un four, pas l’usine entière". Alors que derrière un four ce sont des centaines d’ouvriers. Sarkozy parle pour ne rien dire, ment comme il respire et les "journalistes" se contentent de poser leurs questions bien gentillement.

    Je n’aime pas taper sur les journalistes qui sont à mes yeux de précieux garants de la démocratie, mais cette interview était une mascarade, une triste farce, un déni de démocratie Laurent

    Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 10 février 2009 à 17:07 , par mayeul

    Je fais un rêve moi aussi

    Que ceux qui critiquent trouvent aussi le courage de proposer... C’est ce que je tente de faire avec quelques amis : www.macrisebienaimee.blogspot.com

    Pour ce qui est de la réduction du nombre de fonctionnaires, je trouve vos propos réducteurs. Elle ne vise pas uniquement le corps enseignant mais l’ensemble de l’administration.

    Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 12 février 2009 à 22:05 , par Rv

    Ce texte est admirable du point de vue stylistique. Plusieurs techniques rhétoriques classiques sont utilisées dans ce texte ; je vous en propose une rapide revue (non exhaustive).

    D’abord, pour décrédibiliser quelqu’un, placer dans sa bouche des propos qu’il n’a pas tenus est très efficace. Exemple : "Il veut poursuivre la diminution du nombre de fonctionnaires parce que ceux-ci sont une charge pour l’économie privée, la seule, selon lui, qui produit." Là, évidemment, ça fait râler. Le fait que M. Sarkozy n’ait jamais dit ça, après tout, est secondaire : c’est le but qui compte. Et tant pis si ça rend toute l’argumentation qui suit complètement caduque. De toute façon, les lecteurs du blog sont déjà conquis, ils applaudiront sans même avoir essayé de comprendre ce qui est dit.

    Deuxièmement, tenir des raisonnements simplistes en reprochant à son adversaire de tenir des propos simplistes (le fameux camembert qui reproche au roquefort de puer du bec). On appelle aussi cette technique "faire semblant de ne pas comprendre ce que veut dire l’adversaire". Exemple : "Il veut supprimer la taxe professionnelle parce qu’elle "repose sur la production". Et il veut la remplacer par une taxe sur le carbone. Admettons. Et sur quoi est prélevée toute taxe sinon sur la production ? Sarkozy confond le support de toute taxe avec l’assiette qui lui sert de calcul." Comprendre la différence entre taxer l’ensemble de la production et taxer seulement la production qui génère beaucoup de CO2 n’est pourtant pas très compliqué, surtout de la part de quelqu’un qui, ironie du sort, a vertement critiqué le rapport Attali notamment pour son côté dangereux pour l’environnement. M. Harribey est-il aveuglé par ses haines politiques ? Je n’ose le croire. Toujours est-il qu’il sait bien manier le décalage de sens.

    Troisième technique : l’ironie pure et simple. L’ironie ne fait jamais avancer le débat, accentuant au contraire de manière stérile les antagonismes, mais elle a l’avantage d’être un bon défouloir et de conférer au locuteur un riche et agréable sentiment de sa propre intelligence. Exemple : "Il veut s’intéresser aux "classes moyennes", c’est-à-dire à ceux qui gagnent le SMIC ou juste un petit peu plus que le SMIC. Si même les smicards sont considérés comme "moyens", cela en dit long sur la dégradation considérable de la condition salariale !" Bravo, quelle virulente et pertinente critique de fond ! Quelle analyse profonde qui fait avancer la cause commune ! (Voyez comme l’ironie accentue efficacement le propos de quelqu’un sans lui coûter le moindre effort de réflexion.)

    Quatrième technique enfin (entre autres, car ce texte est très dense en matière de procédés rhétoriques) : juger les propos de l’adversaire à l’aune de sa propre vision (farfelue) de l’histoire, en tablant sur le fait que les auditeurs et lecteurs sont acquis à la cause et n’y réfléchiront pas particulièrement. Exemple : "Le Président s’est livré une nouvelle fois à une charge contre la réduction du temps de travail qui "a accru le chômage". Sarkozy est mûr pour entrer dans la confrérie des économistes dominants, mais, comme historien, il est recalé." Hmm... les estimations faites par des gens qui ne sont pas libéraux (ni a fortiori ultra-libéraux) donnent environ 500 000 emplois créés, emplois aidés compris, sur la période 1997-2001... Dans le même temps, la productivité moyenne en France a crevé le plafond, conséquence fort logique d’une diminution du temps de travail non suivie d’effets en termes d’emploi. Si le raisonnement (ultra-simpliste) qui voulait que 10% de diminution du temps de travail mène à 10% de création d’emploi avait donné les résultats attendus, la productivité du travail n’aurait quasiment pas bougé. Alors, bien sûr, dire que cela a détruit des emplois est une exagération, nul n’en doute. En revanche, dire que cela a obligé les Français à travailler avec plus d’intensité (cf. le mal de vivre des français au travail, évoqué dans le dernier Monde Diplomatique) sans gagner davantage correspond à une réalité pour beaucoup de français. Naturellement, cela ne contredit pas le présent texte, qui n’affirme rien directement (autre technique encore).

    Quelle que soit l’identité de la personne faisant réellement preuve d’"incompréhension des linéaments de l’économie politique" (et j’aime l’emploi du joli mot "linéament", même s’il ne signifie pas grand-chose dans le contexte), cet admirable texte devrait être étudié dans toutes les écoles. Bravo à vous.

    Répondre à ce message

    • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 12 février 2009 à 23:36 , par Jean-Marie Harribey

      Réponse à l’auteur anonyme qui se présente comme Rv

      Premier point. Sarkozy a explicitement déclaré que les fonctionnaires étaient une charge pour l’économie marchande privée. Il n’y a qu’à revisionner son émission pour le vérifier.

      Deuxième point. Rv donne lui-même l’objection à son objection car il utilise la distinction que j’ai faite entre support (la production) et assiette du calcul (ici les productions émettrices de carbone).

      Troisième point. Rv ne répond rien et il ne dément pas que considérer les smicards comme faisant partie de la classe moyenne est absurde et indécent.

      Quatrième point. Rv termine par une confusion. Dans la période 1997-2001, ce n’est pas 500 000 emplois que l’économie française a créés mais un peu plus de 2 millions. Sur ce total toutes les études convergent pour en imputer entre 350 000 et 400 000 à la RTT. Pourquoi si peu au regard de la réduction de plus de 10% du temps de travail. Pour plusieurs raisons. Notamment parce que l’obligation de créer 6% d’emplois en contrepartie des aides publiques contenue dans la première loi Aubry a été supprimée par la seconde loi. Aussi parce que les entreprises de moins de 20 salariés qui avaient un délai supplémentaire pour passer aux 35 heures n’y sont pas passées car Raffarin a suspendu en 2002 sine die cette application. D’où l’intensification du travail qui a amené une augmentation de la productivité que la première loi avait anticipée (les 6% qui avaient été prévus). Donc le propos de Sarkozy déclarant que la RTT crée du chômage est une ânerie, sur ce coup, mais aussi au regard de l’histoire, sinon on ne comprendrait pas pourquoi on travaille deux fois qu’il y a deux cents ans. L’astuce des libéraux a été de faire passer le défaut d’application des 35 heures (pas d’embauche notamment dans le secteur hospitalier) pour un défaut du principe même de la RTT. Ça leur évite de se poser la question de la modification de la répartition (dans le sens d’une réduction des inégalités) qu’impose une RTT convenablement organisée. Le malheur est que la gauche au pouvoir n’avait pas compris cela non plus.

      Au total, Rv, croyant dénoncer mes "techniques rhétoriques", ferait mieux d’y regarder à deux fois.

      Cordialement.

      JMH

      Répondre à ce message

  • Le Président Sarkozy, apprenti économiste Le 12 février 2009 à 22:16 , par loudestep

    En réponse à Alain Le Vot.

    Dans la réalité, l’emprunt est une créance, une dette que l’état contracte auprès des prêteurs habituels. Une simple promesse de remboursement, si vous voulez. La promesse de financement des dépenses sociales par le volume d’intérêts produits est par ailleurs un formidable aveu implicite de l’absence de volonté de l’état d’endiguer les mécanismes ayant généré la situation actuelle.

    Cordialement...

    Répondre à ce message

Répondre à cet article