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La foire au blanchiment des "PARADIS FRIC$ALE" continue

lundi 1er mars 2010, par Bernard Bouzon

La France a publié récemment sa liste noire des paradis fiscaux [1].

Elle ne contient plus que 18 Pays et blanchit les plus nocifs.

Comment peut on en arriver là ?

Bizarre…vous avez dit bizarre ?

Observons la liste des élus...

Anguilla (Caraïbes), Belize (Amérique Centrale), Brunei(Asie), Costa Rica (Amérique Centrale),Dominique, Grenade(CaraÏbes), Guatemala (Amérique centrale), Iles COOK, Iles Marshall (Océanie),Liberia (Afrique), Montserrat (Caraïbes), Nauru,Nieu (Océanie),Panama (Amérique Centrale),Philippines (Asie), Saint-Kitts-et-Nevis , Sainte-Lucie , Saint Vincent et les Grenadines (Caraïbes).

Tout n’est qu’une question de convention ou si vous préférez de recettes dans la cuisine à la sauce financière :

Quelques constats peuvent nous interpeller :
- Aucun Etat Européen dans la liste : le droit communautaire interdit d’étiqueter paradis fiscal un Etat membre.
- Exit le Luxembourg, qui refuse pourtant de respecter la Directive Européenne sur la taxation de l’épargne car cela l’handicaperait dans sa concurrence avec les autres paradis fiscaux !
- Exit aussi la Grande Bretagne avec : la City et Jersey, ou La Suisse qui joue la jeune fille outragée lorsque l’on a l’audace d’intercepter des informations gênantes prouvant ses activités prédatrices.
- Idem pour des Etats comme le Delaware qui fait tache sur la bannière étoilée, les iles Caîman… etc.

En fait cette liste résulte de la combinaison de deux ingrédients :

- Une recette de l’OCDE (Organisme de Coopération et Développement Économique) qui après quelques essais cafouilleux a mis à la disposition du G20 un critère permettant de blanchir n’importe quel "paradis-bancaire-fiscal et judiciaire" pour le transformer en "paradis règlementaire [2]". Il suffit en effet qu’il accepte de signer 12 (pourquoi 12 ?) "traités d’échanges d’informations à la demande" avec des États de l’OCDE. Cela ne les engage pas à grand-chose puisqu’il faut pouvoir prouver à la juridiction sollicitée, que la demande d’informations que vous formulez sur un de vos ressortissants est justifiée… alors que-eux seuls en ont les preuves.
La contradiction du G20 affirmant que le secret bancaire n’existe plus et se refusant d’imposer "l’échange automatique" d’informations au lieu de la procédure inefficace de "l’échange à la demande", montre toute l’hypocrisie politique de ses décisions.

- De savants compromis diplomatiques entre Grands États économiquement développés du G20 Chacun a son lot de paradis fiscaux protégés. Le blanchiment des paradis (ou leur noircissement) est beaucoup du donnant-donnant entre États dominants. Il suffit de regarder une mappemonde pour le constater.

Alors pourquoi la France a-t-elle éprouvé le besoin de publier cette liste ?

Le but officiel est de pouvoir appliquer au 1er Mars un taux de retenue à la source sur les revenus passifs (dividendes, intérêts, redevances) versés par des entités françaises domiciliées dans ces territoires qui passerait de 15 à 50%, pour sanctionner les mauvais élèves.

Par cette action la France a voulu peut être faire un geste de bon élève du G20, afin de gommer les effets négatifs au sein de cette institution de positions parfois irritantes pour ses partenaires.

Peut être aussi qu’une analyse plus fine montrerait que les entreprises implantées dans ces juridictions exotiques ne sont pas trop nombreuses. Ce geste, s’il ne rapporte pas grand-chose à la France, n’indisposera pas trop le milieu des affaires.

En conclusion de tout cela, il faut surtout retenir que c’est un "non évènement" à but purement médiatique dans le style des communications gouvernementales.

Il s’inscrit dans la logique du G20 « maintenir et même développer tous les outils de la fraude et des magouilles financières prédatrices », et garder à leur service tous ces « Paradis Fric$ale » transformés en « Paradis Règlementaires » qu’ils veulent continuer à utiliser, au lieu de les combattre.

Notes

[1] Voir : http://www.google.com/hostednews/af...

[2] Appellations employées par Jean de Maillard dans son livre L’Arnaque chez Gallimard qui vaut la peine d’être lu.

2 Messages de forum

  • La foire au blanchiment des "PARADIS FRIC$ALE" continue Le 3 mars 2010 à 12:32 , par Zaharia

    Bravo pour cet article qui nous éclaire sur la différence entre une gesticulation et une (improbable) mesure qui soit réellement à la hauteur de l’enjeu !

    Comme par exemple la T T F, (Taxation des Transactions Financières), un instrument de lutte contre la spéculation et contre la pauvreté, et aussi de financement de la transition (vitale !) vers des modes de vie durables... (Il doit être rudement efficace puisque DSK s’y oppose !)

    Bravo aussi pour la relance et le relookage de Speculand, ce Blog dont la lecture provoque un mélange d’indignation, d’hilarité, et de révolte dont peut dépendre, ni plus ni moins... le destin de l’humanité !

    Je crois que c’est Albert Camus qui l’a énoncé : pour transposer dans le domaine de l’action collective la célèbre formule de Descartes "Je pense donc je suis", il faudrait dire : "Nous nous révoltons... donc nous sommes !"

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