Le 23 octobre, interrogé devant une commission d’enquête du Congrès US, il a donné l’image d’un homme dont la foi aveugle s’est brutalement effondrée. « Un pilier essentiel de la concurrence et des marchés libres s’est écroulé. Je ne comprends pas encore complètement ce qui s’est passé. (...) Il y avait une faille dans ce que je croyais être la structure fonctionnelle décisive qui définit comment fonctionne le monde (...). Tout cet édifice intellectuel s’est effondré l’été dernier ».
Greenspan n’était (on peut en parler au passé, même s’il se survit encore) pas un économiste néolibéral ordinaire. C’était un véritable fanatique, dévoué depuis sa prime jeunesse au culte d’un des grand gourous de l’ultralibéralisme, la « philosophe » Ayn Rand. Cette romancière extrêmement populaire dans les années 1950-60 aux USA (ses best-sellers s’intitulaient « La source vive » et « La révolte d’Atlas ») professait un élitisme forcené et le culte de l’égoïsme comme seul principe moral légitime, qui débouche spontanément sur la meilleure société possible. Dans ses mémoires publiés cet hiver, Greenspan reconnaissait encore l’admiration qu’il lui vouait.
Murray Rothbard, un autre auteur de la galaxie « anarcho-capitaliste », a bien connu la secte d’Ayn Rand et en fait une description édifiante1 : « non seulement le culte d’Ayn Rand était explicitement athée, anti-religieux, non seulement il glorifiait la Raison, mais il professait une dépendance de type maître-esclave envers le gourou au nom de l’indépendance, une adoration et une obéissance au chef au nom de l’individualité de chacun et une croyance aveugle dans le gourou au nom de la Raison ».
Il pourrait sembler étonnant qu’un homme dont le fanatisme était de notoriété publique ait pu bénéficier durant vingt ans d’un pouvoir aussi extraordinaire. Mais le néolibéralisme n’était pas une idéologie pour les mous.
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