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Fillon droit dans ses bottes

mardi 3 mars 2009, par Jean Tosti

Complètement dépassé par la crise et contraint de revoir à la baisse toutes ses prévisions pour 2009, le gouvernement français est l’un des rares, avec l’Italie berlusconienne, à s’obstiner dans une politique néolibérale parfaitement désastreuse, dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences. Le discours prononcé le lundi 2 mars par François Fillon lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) en est la parfaite illustration.

Que nous dit le Premier ministre ? Que nous devons faire preuve d’un "véritable esprit de civisme", euphémisme bien connu signifiant que les Français doivent se serrer la ceinture et mettre leurs revendications dans leur poche, en attendant des jours meilleurs. Car, nous dit sans rire le même Fillon, il faut "repousser les surenchères qui risquent de gâcher les conditions du redressement de notre pays".

Soyons clairs : vous osez demander une augmentation de salaire ou le maintien d’avantages sociaux ? Vous gâchez le futur redressement. Et, n’en doutons pas, lorsqu’on verra enfin le bout du tunnel, le même Fillon ou son successeur nous mettra en garde contre des revendications irréalistes qui risqueraient de briser une relance encore fragile. Discours bien connu, toujours le même depuis les années 1980, droite et "gauche" confondues à quelques nuances près, qui s’est traduit par l’enrichissement colossal des plus riches et la paupérisation de tous les autres.

Et ceux qui voudraient que ça change sont marqués au fer rouge de la terrible estampille "extrême gauche", à nouveau stigmatisée par François Fillon qui dénonce solennellement les "manœuvres d’une extrême gauche à qui la démagogie ne coûte rien". L’extrême gauche, dans l’esprit de nos dirigeants, ce sont bien entendu le NPA ou l’union syndicale Solidaires, mais aussi tous ceux qui osent s’interroger sur les vertus présumées du capitalisme. À ce titre, Attac est depuis plusieurs années cataloguée à l’extrême gauche par l’UMP et les services de police.

Pour résumer, et pour ceux qui n’auraient pas encore compris, François Fillon martèle qu’il n’y a rien de plus grave que les "revendications irréalistes qui semblent ignorer totalement la crise". Notre Premier ministre et son maître feraient pourtant bien de regarder autour d’eux : ils y verraient par exemple que le gouvernement d’Angela Merkel (une dangereuse gauchiste ?) vient d’accorder à ses fonctionnaires une augmentation de salaire de 5,8 % d’ici 2010. Ils y verraient aussi que presque partout, des États-Unis à la Grande-Bretagne ou à l’Espagne, on a décidé que la relance de la consommation était indispensable pour tenter de sortir de la crise. C’est ce qu’on appelle en langage libéral du "pragmatisme", ce pragmatisme qu’on retrouve par exemple dans le programme économique du Parti socialiste, lui aussi fustigé par Fillon, qui lui reproche "d’aiguiser inutilement nos légitimes différences politiques".

Aveuglement doctrinal ou bêtise incommensurable ? Les deux, sans doute, pour le plus grand malheur des Français.

P.-S.

J’apprends à l’instant que François Fillon vient de récidiver sur Europe 1, rejetant les "politiques émotionnelles, les décisions qui s’enchaînent les unes derrière les autres pour satisfaire à des sondages ou à des demandes qui n’ont pas de réalité économique"… et bien sûr persévérant dans "la politique qui consiste à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et à continuer la révision générale des politiques publiques".

3 Messages de forum

  • Fillon droit dans ses bottes Le 3 mars 2009 à 11:09 , par C.L.

    Aveuglement doctrinal ou bétise incommensurable ? Ni l’une ni l’autre : Le discours de Fillon, c’est la voix de l’establishment financier, de cette oligarchie qui met le monde en couple réglée et lui explique sans cesse que c’est pour son bien, par lobbies et politiques aux ordres interposés.

    N’est-il pas temps d’inclure dans nos analyses l’identité réelle de nos ennemis, derrière les prète-noms que nous avons la faiblesse de prendre pour nos représentants ?

    à qui profite le crime ? Tiens, juste une question : A qui empruntent les états déjà super endettés pour prêter aux banques ? - Au marché financier. Qui est derrière le marché financier ?

    La boucle est bouclée.

    Les stratégies peuvent varier, il n’est pas étonnant que les pays de culture libérale soient plus pragmatiques dans la gestion des crises que leur politique revendiquée provoquent. Je ne suis pas sur que se fier à leurs recettes nous soit très profitable à terme, ni qu’il faille souhaiter que le parti socialiste s’en inspire.

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    • Fillon droit dans ses bottes Le 3 mars 2009 à 11:37 , par Jean Tosti

      Tu as évidemment raison sur le fond, mais pour l’instant il y a un verrou à faire sauter. Si le verrou saute, bien des choses deviennent possibles en cette période de crise. Soyons nous aussi pragmatiques…

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  • Fillon droit dans ses bottes Le 5 mars 2009 à 07:59

    S’opposer obstinément à toute augmentation des rémunérations quand la dépression menace cela s’appelle une politique déflationniste.

    Ce type de politique a eu au moins un précédent dans l’histoire : alors que la France des années 30 s’enfonçait dans la dépression , Laval pratiqua la baisse des salaires et donna l’exemple en réduisant les traitements des fonctionnaires.

    Mais courage bonnes gens, devant l’aggravation de la situation qui suivit le peuple de France porta au pouvoir un gouvernement de Front Populaire....

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