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Bonne année pour les économistes ?

vendredi 2 janvier 2009, par Jean-Marie Harribey

Ça commence fort sur France Inter. Ce matin, Alexandra Bensaïd, dans une chronique intitulée « L’économie autrement » souhaite une bonne année aux économistes pour qu’ils réfléchissent à un capitalisme nouveau. Et elle convoque à l’appui de ce souhait le Professeur Philippe Dessertine, présenté comme l’un des rares à avoir porté en 2008 un bon diagnostic sur la crise et prévenu de sa gravité.

Quelles sont les thèses de Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de haute finance, professeur à l’Université Paris X ? Il écrivait, dans un article de Libération (14 février 2007), que l’Etat n’aurait bientôt plus assez de patrimoine pour honorer la dette de la collectivité vis-à-vis des retraités à venir. Or, un revenu distribué n’est jamais un prélèvement sur un stock (patrimoine) mais un flux engendré par l’activité économique courante. Car si l’on s’avisait de brader l’argenterie, on ne le ferait qu’une fois !

Le même professeur professait il y a quelques mois que « je ne crois pas que la finance puisse être écartée de la question des retraites françaises » ou bien suppliait Monsieur Trichet de ne pas baisser les taux d’intérêt (Le Monde, 19 février 2008).

Alexandra Bensaïd, pour qui « l’économie autrement », c’est « on continue comme avant » déclarait le 3 octobre 2008 : « Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Les marchés financiers, quand ils fonctionnent bien, créent de la richesse, par exemple pour financer les retraites. »

Plus ils disent d’âneries, plus les économistes tiennent le haut du pavé. L’année ne peut être que bonne pour eux. Pour le commun des mortels, c’est moins sûr.

7 Messages de forum

  • Bonne année pour les économistes ? Le 2 janvier 2009 à 12:00 , par Djilali

    Année 2009 ! Année probablement encore plus dure et plus insupportable pour les pauvres et les démunis dont on escroquera jusqu’au dernier cent et quand ils n’auront plus rien on les endettera pour les domestiquer, les neutraliser, si possible sur plusieurs générations. Il ne faut pas s’attendre à ce que les médias publics en cours de formatage diffusent des messages d’éveil et de résistance, ils ne sont là que pour rationaliser et légitimer les fondamentaux de la pensée unique dominante. Que faire pour que les mouvements associatifs, dépassent leur égoïsme pour travailler collectivement à la mise en place de médias alternatifs et offrent aux économistes alternatifs, pour autant qu’ils existent et qu’ils sont prêts à se mouiller, l’opportunité de s’exprimer et de se faire entendre, à commencer à l’adresse de leurs couches, de leurs classes sociales appropriées.

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  • Bonne année pour les économistes ? Le 2 janvier 2009 à 12:51 , par Claude Layalle

    à Djilani

    La première des choses à faire pour nous, dans chaque mouvement associatif est de faire notre boulot qui est d’abord d’informer, de démonter la fausse information et les mécanismes tordus à l’aide desquels on nous fait prendre des vessies pour des lanternes.

    JM Harribey le fait fort bien, et avec lui beaucoup d’autres, et il faut continuer, en particulier dans nos comités locaux Attac, à relayer ce savoir de base qui permet de développer l’esprit critique chez les citoyens.

    Les associations sont des outils pour les citoyens : Donnons-leur l’envie de s’en servir en commençant pas la nôtre. C’est le plus beau cadeau de nouvelle année que nous puissions leur faire.

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    • Bonne année pour les économistes ? Le 5 janvier 2009 à 10:49 , par Djilali

      A Claude, Il est incontestable que les économistes altermondialistes actifs à ATTAC et dans d’autres associations font du bon travail, mais force est de constater que leurs efforts restent confidentiels (par rapport aux populations cibles qu’ils sont censés servir et faire bouger). Qui plus est, souvent dans nos interventions nous sommes interpelés par les militants et les sympathisants qui nous reproche (à ATTAC) la domination de la pensée "économiciste" et le peu de place laissé aux autres disciplines (humanistes, historiens, juristes, sociologues, écologistes et autres). Il est vrai que les ateliers à notre dernière université d’été ont connu un grand succès. Pour le reste je partage votre analyse et le besoin de poursuivre et d’amplifier les luttes.

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  • Bonne année pour les économistes ? Le 3 janvier 2009 à 18:46 , par Guido Brasletti

    "Les sciences économiques sont extrêmement utiles comme forme d’emploi pour des économistes" (J. K. Galbraith)

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  • Bonne année pour les économistes ? Le 4 janvier 2009 à 14:54 , par Sylphe6

    J’écoute France-Inter tous les matin, mais la, le 2 janvier, ça devait être tellement insignifiant et sans intérêt, que je n’ai même pas fait attention. Je me souvient seulement quelque chose comme :j’avais prévu...j’avais prévenu....C’est fou comme tous avaient tout prévu.... Vu la banalité du propos, je n’ai même plus fais attention à la suite.

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  • Bonne année pour les économistes ? Le 4 février 2009 à 20:46 , par dessertine

    Bonjour De passage sur votre blog, je lis votre commentaire sur un article que j’avais écrit l’année dernière. Le sujet des retraites suscite des polémiques vigoureuses et je suis étonné de constater qu’il est difficile d’évoquer un risque de baisse de la valeur du "point", l’unité de calcul des prestations. Je maintiens donc avec force que la dégradation des finances publiques françaises auront un effet mécanique sur le versement des retraites, ce dont je ne me réjouis pas. Je vous adjoins une réponse que j’avais faite à l’époque (en janvier 2008), à une critique assez similaire à la votre. Bien cordialement PhD

    Monsieur

    Au-delà des formules à l’emporte-pièce, qui j’en conviens, font mouche dans le débat grand public, à la différence de votre affirmation, je ne crois pas que la finance puisse être écartée de la question des retraites françaises. L’hypothèse que je formule est la suivante : avec une dégradation forte de la croissance, le déficit public s’aggrave ; ce phénomène pourrait se trouver amplifié par un fort ralentissement mondial ; en conséquence, la notation AAA de la France pourrait être remise en question, comme c’est le cas actuellement pour l’état italien. Nous sommes nombreux à penser qu’en de telles circonstances, l’équivalent-dette des retraites françaises reviendrait dans le débat (environ 1000 milliards d’euros se rajoutant alors à la dette publique nationale). Et la France aurait des difficultés à plaider auprès des agences de notation notamment, que l’institution sociale retraite puisse être dé corrélée d’une mesure internationale de l’endettement global d’un espace économique ; et ce d’autant que le volume des retraites non couverts par les fonds de pension, ont été réintégrés au passif du bilan des grands groupes américains, dégradant fortement leurs ratios d’endettement. La norme IAS IFRS adoptée par l’Europe irait dans le même sens. Je vous le répète : il ne s’agit pas de s’interroger sur un problème de liquidité immédiate perceptible par les retraités français, mais bien de souligner le danger qui pèse sur la capacité d’emprunt de l’économie française dans un climat fortement dégradé.

    Cordialement

    Philippe Dessertine

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    • Bonne année pour les économistes ? Le 6 février 2009 à 06:49 , par Jean-Marie Harribey

      Monsieur Dessertine,

      Vous m’écrivez en me renvoyant le message que vous m’aviez adressé l’an dernier. Je ne peux donc que vous redire ce que je vous avais répondu à l’époque car la crise ne semble pas avoir servi de leçon.

      Je pense que vous persistez dans votre argumentation parce que vous assimilez les retraites à une épargne que l’on récupère. N’est-ce pas une erreur de perspective ? En 1998, j’avais écrit une tribune pour Le Monde que j’avais intitulée "Répartition ou capitalisation : on ne finance jamais sa propre retraite", qui essayait de décortiquer cette question.

      Les retraites de demain seront versées si la production suit et si un accord social en entérine le principe. Quel que soit le système. Même dans la capitalisation. Il ne faut donc pas s’inquiéter de la capacité d’emprunt de notre économie pour payer les retraites ou autre chose mais l’unique objet de notre attention doit être le niveau de la richesse qui sera produite et la manière dont elle sera répartie entre capital et travail et, au sein de la masse salariale, entre salaires directs et salaires indirects.

      Et les agences de notation (au passage, bravo pour elles dans les crises à répétition) n’ont rien à faire dans cette histoire. Ce n’est pas la finance qui paiera les retraites car la finance ne crée rien. Ce sont les actifs qui paieront, toujours.

      C’est le b-a-ba de l’économie politique, malheureusement ignorée aujourd’hui. Seul le travail crée de la valeur. Les circuits financiers ne font que la répartir autrement que ne le font les caisses de la sécurité sociale.

      Bien cordialement

      Jean-Marie Harribey

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