On nous l’avait juré, l’injection de sommes faramineuses dans les sociétés financières ou leur pseudo-nationalisation allait s’accompagner d’un contrôle très strict et d’une moralisation impitoyable de leur fonctionnement. Le scandale Volkswagen montre qu’il n’en est rien, bien au contraire.
De quoi s’agit-il ? Le marché de l’automobile est en pleine déprime, et les actions des principaux constructeurs voient leur cours s’effondrer. C’est, pour les spéculateurs, l’occasion de jouer à la baisse, en vendant à découvert des actions qu’ils ne possèdent pas pour les acheter quelques heures ou quelques jours plus tard, lorsqu’elles auront suffisamment baissé pour leur permettre d’empocher des bénéfices substantiels. Un jeu totalement immoral et parfaitement rodé, auquel les traders des banques et des fonds spéculatifs se livrent en général avec succès, au détriment des entreprises concernées.
Mais il y a parfois des grains de sable dans les rouages : ainsi, alors que les analystes prévoyaient une chute inéluctable des actions Volkswagen, celles-ci se sont envolées de façon vertigineuse, gagnant près de 400 % en deux jours. La faute à pas de chance, mais aussi à Porsche, qui a annoncé pendant le week-end posséder 74 % du capital de la société, ce qui, ajouté aux 20 % détenus par le Land de Basse-Saxe, ne laissait plus que 6 % négociables sur les marchés. Et donc, nos spéculateurs, pris de panique, se sont empressés d’acheter au prix fort les actions de Volkswagen qu’ils avaient vendues à découvert, perdant en tout une somme évaluée à plus de 12 millards d’euros.
Qui sont ces gros perdants ? Pour l’essentiel des banques, ou des hedge funds adossés à ces banques. Selon les bruits de couloir, la Société générale serait au premier rang des joueurs malheureux. Pourtant, Jérôme Kerviel n’est plus là !
L’affaire nous montre d’une part que certaines pratiques boursières devraient être définitivement interdites. De l’autre, elle prouve, s’il en était besoin, qu’on ne peut pas faire confiance aux banques pour « s’automoraliser ». D’où la nécessité d’une socialisation du secteur bancaire et financier à l’échelle européenne, et de son contrôle par les salariés et les citoyens. C’est ce que propose Attac France, et chaque jour qui passe montre la pertinence d’une telle proposition.