L’idée d’inviter Aristote à se rendre à Wall Street lancée par Roger-Pol Droit (« Aristote à Wall Street », Le Monde, 17 octobre 2008) est excellente. Malheureusement, l’auteur de cette chronique commet un énorme contresens.
Il fait dire à Aristote que l’oïkonomos (gestion de la maison) correspond à l’« économie réelle » et que la chrématistique (course à la richesse) correspond à l’« économie financière ». Or, la course à l’accumulation dans le capitalisme ne concerne pas uniquement la sphère financière car la production de marchandises est entièrement tendue vers l’accumulation.
Cette confusion est de nature à accréditer la thèse selon laquelle le capitalisme financier serait mauvais et que le capitalisme tout court serait intrinsèquement bon. Voilà de quoi entretenir les illusions de la moralisation du capitalisme. Et, surtout, elle contient en filigrane l’idée qu’il existe une autonomie de la finance par rapport au travail productif.
C’est malheureusement la dégradation des rapports sociaux à l’intérieur du système productif qui a nourri la financiarisation. L’hubris (démesure) dont parle Roger-Pol Droit est consubstantielle à l’« immense accumulation de marchandises » (Marx, première phrase du Capital).